Partager l'article ! Le cheval est avant tout un être vivant...:   ...
Une tradition est une pratique dont l'origine remonte très loin dans le passé et qui se transmet fidèlement de génération en génération. Les coutumes, les croyances, les superstitions, les folklores, mais aussi les pratiques culinaires ou familiales se perpétuent ainsi, avec un grand respect pour la mémoire des anciens. La remise en cause des traditions est peu fréquente et celles-ci se caractérisent souvent par de longues périodes de répétition immuables. Néanmoins, des évolutions se sont progressivement installées et ont permis de supprimer certaines pratiques traditionnelles largement répandues comme l'esclavage ou les sacrifices humains dans l'antiquité. De nos jours, des traditions comme l'excision, les mariages forcées ou la corrida sont toujours fortement ancrées dans les pratiques coutumières de certaines populations, même si l'évolution progressive des mentalités appelle à de sérieuses remises en cause.
Dans le monde de l'équitation, il y a également des fonctionnements et des comportements communément admis, qui se transmettent et se perpétuent de façon continue. Ainsi, pour de nombreux cavaliers, le cheval est un animal qui permet de pratiquer un sport plaisant, mais il n'est pas recommandé de s'attacher à un cheval en particulier, car cela serait au détriment de la pratique.
En effet, plusieurs facteurs interviennent dans ce sens:
d'abord, le cavalier va peu à peu progresser, et le cheval de débutant ne lui conviendra plus forcément au bout de quelques mois de pratique.
ensuite, un cheval vieillit ou peut devenir indisponible et donc, si l'on s'en tient à ce seul cheval, la pratique équestre doit être interrompue
enfin, l'entretien d'un cheval coûte cher et il apparaît pour de nombreuses personnes que ce sont des dépenses inutiles si l'on ne peut plus se servir du cheval.
Tout ceci justifie donc le fait qu'on transmette le non-attachement à l'animal, en parallèle avec l'enseignement de l'équitation. Un cheval est un objet de consommation que l'on utilise à des fins entièrement personnelles, pour des loisirs passionnants, mais que l'on apprend à jeter après usage. C'est ainsi, c'est une forme de logique et de réalisme qui obéit à des impératifs de modèle culturel et à des raisons économiques.
Ce modèle de fonctionnement est issu de la société de consommation, mais il s'effectue au détriment de l'être vivant qu'est le cheval. Il serait peut-être temps d'accepter d'ouvrir les yeux sur cette réalité. Evidemment, accepter de reconnaître le droit au respect de l'être vivant qu'est le cheval induit obligatoirement la notion de responsabilisation, et pour le moment, celle-ci représente une gêne notoire pour la filière économique du cheval. Respecter l'être vivant et en être responsable signifie accepter de le laisser vivre pour lui-même, sans forcément en attendre un bénéfice. C'est très exactement le contraire qui se pratique habituellement, la pratique des sports équestres justifiant les nombreuses entorses au respect de la vie du cheval lorsqu'il ne peut plus servir. Les cavaliers doivent continuer à briller ou à se faire plaisir, et la filière économique du cheval doit continuer à fonctionner et à produire sans scrupules.
Au moment où la planète nous invite à une réflexion sur nos pratiques abusives, ne serait-ce pas l'occasion de nous interroger sur celles qui sont perpétuées dans le domaine de l'équitation? Ne serait-il pas temps de reconnaître le cheval comme un être vivant à part entière? Après des millénaires de services à nos côtés, ne lui devons-nous pas enfin un peu de cette reconnaissance? Alors apprenons à le respecter vraiment et cessons de « jeter » les chevaux dits « inutiles ». Apprenons à devenir responsables de nos actes et de nos choix, et réellement dignes d'être appelés des « humains ».